Monday 24th July 2017,
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Le monde est de plus en plus dépendant des extractions de pétrole

Raymond Bonnaterre énergie fossile 5 commentaires

Dans le domaine de l’énergie, le fossé qui existe entre le discours des élites politiques et la réalité de terrain n’a jamais été aussi béant. On nous parle d’énergies renouvelables, de virage énergétique, d’accords fondateurs de Paris pour une nouvelle démarche volontariste collective énergétique. Le vent et le soleil doivent se substituer aux autres ressources primaires, y compris aux énergies issues de l’atome qui n’ont, pourtant, rien à voir avec les rejets anthropiques destructeurs de gaz carbonique. Discours sans queue ni tête, traduction d’une profonde incompréhension collective. Il suffit d’écouter les propos atterrés de certains économistes qui essaient d’intégrer dans leurs hypothèses les catastrophes climatiques à venir, issues des grands ordinateurs. Ils en oublient de tenir compte des dépenses réelles et improductives engagées dans la recherche d’une hypothétique prise de contrôle du climat par l’homme. Hubris démesuré de toute l’idéologie climatique à la mode.

Et pourtant, selon les mesures expérimentales, les teneurs en CO2 atmosphérique poursuivent leur croissance, elles progressent en ce moment autour des 20 milliards de tonnes par an (+2,4 à 2,5 ppmv annuellement). L’enfer climatique présupposé, semble être cependant plus éloigné dans le temps que celui prévu par les travaux de simulation de soi-disant climatologues. La nature serait plus résiliente qu’annoncé. C’est ce qui ressort des mesures expérimentales de températures diverses conduites en ce début de siècle. La sensibilité climatique à l’équilibre, supposée provenir d’un doublement de la teneur atmosphérique  de CO2 dans les modèles, était initialement avancée autour des 3°C, elle ne pourrait être maintenant que de la moitié environ. L’emphase climatique, peu à peu, se dégonfle.

Les publications de l’EIA américaine, portant sur les flux de consommations mondiales de pétrole, nous informent que ces derniers progressent annuellement de 1,5 million de barils par jour. Ils vont atteindre en moyenne les 100 millions de barils par jour en 2018 selon cette loi de progression linéaire (FIG.). Il faudra alimenter le marché d’environ 105 millions de barils par jour dès 2022.

L’industrie pétrolière mondiale, pour éviter toute pénurie de pétrole dans le monde, doit investir en moyenne annuelle des centaines de milliards de dollars pour assurer cette croissance des consommations ainsi que la déplétion naturelle annuelle des extractions qui est estimée autour des 4 millions de barils par jour. Ce sont donc de nouveaux flux d’extraction, à hauteur de 5 à 6 millions de barils par jour, qui doivent être mis en œuvre chaque année, en moyenne.

L’arrivée sur le marché américain, durant la décennie précédente, des condensats de gaz de schistes (FIG.II) dont les extractions atteignent à ce jour les 5 à 6 millions de barils par jour, ont fortement gonflé l’offre sur les marchés des produits pétroliers et ont entraîné une baisse inattendue des cours mondiaux du pétrole.

Il est fort probable que cette arrivée massive de produits pétroliers ne se reproduira plus aux États-Unis en raison de l’exploitation passée en priorité des gisements riches en condensats qui vont faire place, peu à peu, à des exploitations de moins en moins riches en condensats, ce qui se traduira dans le temps par une baisse du ratio condensats/gaz extraits en baril par millier de pieds cube de gaz  proche, aujourd’hui, de 0,1.

Il faut imaginer dans le futur une consommation soutenue des condensats américains, soit localement, soit par une exportation soutenue de produits pétroliers  issus de ces condensats de gaz de schistes et des raffineries du Golfe du Mexique. Ces exportations massives de produits raffinés sont actuellement en préparation par les opérateurs américains texans.

Le marché mondial du pétrole est confronté à une demande croissante de produits pétroliers, ce ne sont pas les maigres ventes de voitures onéreuses électriques en milieu urbain qui perturberont fondamentalement cette tendance durant la décennie à venir. Vouloir remplacer le pétrole, ce serait donner la primauté au gaz et au charbon nécessaires à la génération d’énergie électrique. Le remède serait alors pire que le mal.

Le 30 Juin 2017

Quelques données de l’EIA sur les consommations énergétiques aux USA qui abondent depuis des décennies,  les propos précédents.

Le 5 Juillet 2017

 

 

 

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5 commentaires

  1. Amiral_sub juillet 6, 2017 à 7:33

    Vos articles sont passionnants et vont à l’encontre de la bien pensance. Toutefois une forte progression des ventes de véhicules électriques pourrait remettre en cause les prévisions citées. l’Europe trop dépendante des importations de pétrole a des politiques publiques incitatives qui peuvent s’accelerer. Mais les états Unis indépendants des importations de pétrole n’ont pas de raison économique de subventionner quoi que ce soit. La baisse naturelle des prix des batteries pourront peut être provoquer un basculement irréversible de l’automobile mondiale vers le tout électrique. Les extractions de pétrole diminueraient alors énormément.

  2. Raymond Bonnaterre juillet 7, 2017 à 9:38

    Amiral
    1- le parc de véhicules routiers mondial croit d’environ 50 millions de véhicules par an (produits 90, mis en décharge 40) et cette croissance est assurée pour une très large majorité par les véhicules à combustion interne. Les consommations de produits pétroliers suivent.
    2- le jour où cette croissance sera assurée par les seuls véhicules électriques il y aura stabilisation et commencement de décroissance du parc de véhicules thermiques.
    3- pour faire une analyse marketing objective il est indispensable de segmenter le marché entre véhicules urbains qui roulent peu et véhicules au long cours (poids lourds, semi-remorques, véhicules de commerciaux) qui roulent et consomment beaucoup.
    3- C’est dans le segment des véhicules urbains que va se produire le mouvement majeur vers les EV, c’est évident, pas trop chers et donc avec de petites batteries toujours hors de prix.
    4- les grands prêtres de l’écologie qui annoncent la fin des consommations de pétrole sont des charlatans qui méprisent le réel. En 2040 les camions et nombre de véhicules rouleront au gasoil ou à l’essence, n’en déplaise à monsieur Hulot et ses problèmes parisiens.
    5- l’électricité n’est pas une ressource primaire d’énergie, s’est un vecteur énergétique. Le bilan devra donc être fait en amont (entre charbon ou pétrole?)

  3. René GRAU juillet 7, 2017 à 1:10

    Le seul secteur du transport routier consomme actuellement 17 millions de barils / j et compte pour 40% dans la croissance de la demande mondiale annuelle.

  4. René GRAU juillet 7, 2017 à 1:22

    Le transport routier + le transport maritime + le secteur aérien – tous pas facilement électrifiables – expliquent 60% de la croissance annuelle des consos de pétrole. D’ici que la demande en pétrole se stabilise, N. Hulot aura perdu ses cheveux, dommage pour ses shampoings …

  5. Raymond Bonnaterre juillet 11, 2017 à 5:24

    Un papier intéressant sur les déplétions croissantes des vieux champs de pétrole:
    https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-07-09/oil-fields-pumping-third-of-world-supply-die-fastest-in-24-years

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