Monday 22nd May 2017,
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La croissance des teneurs atmosphériques de CO2 apparait en contradiction avec des émissions anthropiques stabilisées

L’IEA nous affirme que les émissions annuelles anthropiques de CO2, rattachées aux utilisations énergétiques, se seraient stabilisées depuis 3 ou 4 ans autour des 32 milliards de tonnes (FIG.I). Cette officine parisienne nous explique que cette stabilisation provient de moindres émissions aux États-Unis qui a substitué certaines centrales alimentées au charbon par des centrales au gaz naturel. Les émissions chinoises auraient, elles aussi, régressé grâce à une plus grande part de production électronucléaire, la combustion de plus de gaz naturel et la montée des énergies renouvelables.

Moi, je veux bien de cette évolution vertueuse mondiale, mais peut-être un peu trop subite pour être sincère.

Pour être totalement convaincu, il faudrait que l’IEA m’explique alors pourquoi, malgré ces progrès concernant la maîtrise des rejets anthropiques sur plusieurs années, assiste-t-on, toujours et encore, à une croissance quadratique des teneurs en CO2 dans l’atmosphère? (FIG.II). Sans aucune inflexion perceptible.

Comment expliquer cette contradiction apparente?

- Utilisation de données de terrain erronées ou insincères par les membres de l’IEA? Récupérer les émissions sincères de CO2 de toutes les provinces chinoises doit être un tâche complexe. L’un des biais historiques du communisme n’est-il pas de systématiquement dépasser les objectifs de la planification…sur le papier. Pourquoi pas ceux portant sur les émissions actuelles de CO2 ?

- Existence d’un phénomène d’effet retard dans les teneurs atmosphériques mesurées, en raison de rejets initialement captés par divers puits de CO2 puis lentement relargués par diverses sources naturelles de CO2? Ce serait bien complexe.

C’est ce type d’explication, de la part de l’IEA, entre faible progression des rejets et croissance soutenue de la teneur  atmosphérique qui aurait été préférable à une longue dissertation vaseuse  sur les hypothétiques 2°c de propagande attendus par certains.

Remarque: pour les incrédules qui confondent croissance linéaire et croissance quadratique, il me semble utile de mesurer les variations sur douze mois mobiles des teneurs en CO2 dans l’hémisphère nord (FIG.) et publiées par le NOAA.

Ces variations annuelles sont très dispersées, preuve que les rejets anthropiques ne sont pas les seuls à déterminer la teneur en CO2, ni le seul phénomène El Niño (1998 et 2016)

Mais la courbe de corrélation nous montre que ces variations étaient en moyenne de 0,8 ppm en 1960, elles ont atteint 1,6 ppm en 1990 et elles sont de nos jours à 2,4 ppm en volumes. La variation annuelle croit avec le temps, ce qui veut dire que soit les émissions croissent, soit les absorptions décroissent, soit les deux phénomènes sont à l’œuvre. La croissance des émissions asiatiques de CO2 me semble être une des causes majeures de ce phénomène.

Remarque 2:

A quel flux annuel  correspondent ces 2,4 ppm de croissance annuelle des teneurs atmosphériques de CO2?

D’abord il faut admettre que cette croissance mesurée à Mauna Loa est mondiale, ce qui est supporté par les croissances mesurées dans l’hémisphère Sud par les Japonais et qui vont dans la même direction, à la saisonnalité près (FIG.I).

Puis il faut transformer des ppm en volumes par des ppm en masses grâce au rapport des masses molaires du CO2 et de la moyenne des gaz atmosphériques, enfin il faut multiplier ce ratio par la masse globale, hors vapeur d’eau, de l’atmosphère:

2,4 x( 44/29)x 10P-6 x 5,135x 10P15 tonnes

soit 18.7 milliards de tonnes de CO2 par an de croissance annuelle de gaz carbonique atmosphérique pour des rejets anthropiques estimés autour des 40 milliards de tonnes (36 milliards industriels + 4 milliards agricoles).

Plus de la moitié des rejets anthropiques de CO2 est, à ce jour, en moyenne, absorbée par les terres et les mers.

LIRE le papier de l’IEA sur le sujet.

Le 22 Mars 2017

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15 commentaires

  1. Olympi mars 25, 2017 à 8:21

    Vous arrivez à voir une différence entre une quadratique et une droite sur 5 ans ?

    Mais oui il doit avoir un effet retard (d’un an) entre émission et leur arrivé à Mona loa ou en antarctique.

    Après pour les chinois c’est ce que je me suis dit aussi, leur chiffre de la croissance du PIB sont farfelu, donc prendre ceux des émissions à prendre avec des pincettes, d’autant plus qu’ils se sont fixé publiquement de « rendre le ciel bleu au chinois ».

  2. bille avril 1, 2017 à 8:40

    Vous ne semblez pas avoir compris un des enjeux critique de cette question: la concentration de C02 ne ne stabilisera pas dès que les émissions annuelles se stabiliseront ! En gros la concentration est l’intégrale des émissions, ça vous dit quelque chose?
    Tant que les émissions annuelles surpassent la capacité d’absorption du système, la concentration continuera d’augmenter ! C’est bien ça le coeur du problème: il va falloir que les émissions soient divisées d’un facteur 4 (au moins, vu que la capacité d’absorption elle-même semble diminuer avec le réchauffement, encore un malheureux « feedback » positif..) pour que la concentration se stabilise..

    Vous comprenez mieux l’ampleur du problème maintenant ?

  3. Raymond Bonnaterre avril 3, 2017 à 8:28

    Mon cher William,

    Vous semblez convenir avec moi que la croissance annuelle de la teneur atmosphérique en CO2 est égale à la différence entre la somme des émissions (anthropiques ou non) autour des 40 milliards de tonnes par an et la somme des absorptions de ce gaz (croissance des végétaux, absorptions par les océans et autres plans d’eau, réaction du CO2 avec les roches karstiques en présence d’eau) qui représente un flux annuel autour des 20 milliards de tonnes par an.
    En supposant ces deux grands phénomènes constants, il devrait y avoir une croissance linéaire des teneurs atmosphériques de CO2, or elle est pour l’instant quadratique.
    Le verdissement des terres dans l’hémisphère nord, signal d’une plus grande vitesse d’absorption de CO2, liée à l’augmentation de sa concentration et à des conditions climatiques favorables, devrait, d’autre part, tendre à limiter la croissance de la teneur atmosphérique de ce gaz.
    Malgré mes difficultés de compréhension que vous soulignez et qui sont certaines, j’estime donc qu’une réduction de moitié des émissions de CO2, autour des 20 milliards de tonnes par an, devrait suffire pour stabiliser aujourd’hui la teneur atmosphérique de ce gaz qui assure une large part de la croissance de la vie sur notre planète. C’est, à mon avis, un gaz bienveillant pour notre environnement, et dont l’impact sur le climat semble être de plus en plus marginalisé dans les publications les plus récentes.http://www.leblogenergie.com/2016/12/05/une-revision-a-la-baisse-du-rechauffement-annonce-au-profit-de-la-variabilite-des-aleas-naturels/

  4. Raymond Bonnaterre avril 4, 2017 à 11:10

    Une étude différentielle des variations annuelles montre aisément l’effet quadratique annoncé. Voir le graphique ajouté en remarque.

  5. Raymond Bonnaterre avril 6, 2017 à 8:48

    Le flux d’absorption de CO2 par la photosynthèse (principal puits de CO2 ou GPP) se serait accru de près d’un tiers durant le XXème siècle.
    Conclusion d’une étude parue dans Nature et basée sur des analyses de traces de sulfure de carbonyle (COS) dans l’air piégé dans les glaces de l’ Antarctique.
    http://www.nature.com/nature/journal/v544/n7648/full/nature22030.html

  6. alphagruis avril 11, 2017 à 6:08

    Malgré mes difficultés de compréhension que vous soulignez et qui sont certaines, j’estime donc qu’une réduction de moitié des émissions de CO2, autour des 20 milliards de tonnes par an, devrait suffire pour stabiliser aujourd’hui la teneur atmosphérique de ce gaz

    Non, le taux d’absorption par les puits que sont l’océan et la végétation sont directement proportionnels à la pression partielle en excès (par rapport au quasi-équilibre préindustriel) du CO2 atmosphérique. Si vous divisez par deux les émissions la nature n’en absorbera toujours qu’une fraction, environ la moitié.

  7. Raymond Bonnaterre avril 11, 2017 à 8:57

    Alpha, je n’adhère pas à votre concept de « pseudo équilibre » et je ne vois pas pourquoi, à pression partielle de gaz constante, une réduction des émissions entraînerait par je ne sais quel mécanisme, une baisse subite du flux des absorptions naturelles de CO2.
    Quand à ce pseudo équilibre? Qu’était-il aux temps des âges glaciaires ou durant les périodes antiques les plus chaudes? Allez savoir?
    Mais il est vrai que peu d’entre-nous arrivent à résoudre le délicat problème du Certificat d’Études de la baignoire qui fuit et qu’on essaie vainement de remplir.
    Pour l’instant la pression partielle du CO2 atmosphérique croît, la baignoire se remplit. Heureusement, le CO2 est un gaz bienveillant pour l’environnement, auquel certains attribuent, pour une part, la sédentarisation de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs.

  8. alphagruis avril 12, 2017 à 2:44

    je ne vois pas pourquoi, à pression partielle de gaz constante, une réduction des émissions entraînerait par je ne sais quel mécanisme, une baisse subite du flux des absorptions naturelles de CO2.

    Les émissions annuelles anthropiques ont varié (plutôt à la hausse certes) depuis un siècle et pourtant on ne retrouve toujours systématiquement qu’environ la moitié dans l’atmosphère à la fin de chaque année sous forme d’une augmentation annuelle de la pression partielle de CO2. C’est un simple fait d’observation.
    Si par un miracle on émettait moitié moins en 2017 qu’en 2016 la pression partielle de CO2 augmenterait a priori aussi moitié moins en 2017 qu’en 2016 mais elle augmenterait toujours.

    C’est une question de déplacement d’équilibre chimique, de constante de temps (courte) impliquée et de répartition de ce qui est apporté chaque année dans les différents réservoirs (air, océans, biosphère.) répartition déterminée par les constantes des équilibres chimiques « rapides » impliqués.

    Par exemple l’équilibre entre CO2 atm. et CO2 dissous dans les eaux de surface des océans se fait assez rapidement (des jours ou semaines). Si vous apportez maintenant X tonnes de CO2 dans l’atmosphère actuelle vous perturbez l’équilibre « rapide » CO2 gas/CO2eau existant (pas forcément préindustriel celui-là) en faisant un delta p CO2 dans l’air qui va donner un flux net de dissolution jusqu’à ce que la loi d’équilibre de Henry soit retrouvée. Ceci fait rentrer une fraction de ces X tonnes dans l’ eau mais une fraction seulement, jamais tout sinon l’équilibre chimique serait rompu dans l’autre sens !
    Idem pour la biosphère et les réactions de photosynthèse et de décomposition annuelles combinées

    Ensuite il y a ce qui se passe à long terme (des siècles et des millénaires) qui implique des réactions beaucoup plus lentes qui vont finir par transformer (presque) tout le CO2 anthropique en calcaire au fond des océans ou… en fossiles supplémentaires à partir de l’excès de photosynthèse due à l’excès de CO2/ équilibre préindustriel. Pour les âges glaciaires c’est aussi ces constantes de temps plus longues qui déterminent l’équilibre « lent » pertinent.

  9. Raymond Bonnaterre avril 13, 2017 à 7:45

    Merci Alpha pour l’explicitation de ces hypothèses qui font de la pression partielle du CO2 atmosphérique la grande variable qui détermine ces phénomènes.
    Dans ce cadre là, je ne vois pas pourquoi ne pourraient pas être définies des conditions de rejets anthropiques pour qu’en moyenne, pour des conditions climatiques données, la pression partielle de CO2 demeurerait constante.Alors, la vitesse de disparition de CO2 serait égale au flux des rejets anthropiques.
    Or, si je vous en crois, par un effet d’eau minérale gazeuse des océans et de la volonté des Dieux (pour moitié), cette pression partielle serait condamnée à croître indéfiniment.
    A moins d’un refroidissement climatique inopiné qui accroitrait la solubilité du gaz dans l’eau et déplacerait cet équilibre.
    Mais nous sommes loin de la stabilisation des rejets anthropiques mondiaux de gaz carbonique, annoncée par l’IEA et qui serait synchrone avec une accélération des flux annuels de croissance du CO2 atmosphérique (multipliés par trois en 60 ans).
    Une vraie bouteille d’eau de Perrier!

  10. alphagruis avril 14, 2017 à 2:43

    « je ne vois pas pourquoi ne pourraient pas être définies des conditions de rejets anthropiques pour qu’en moyenne, pour des conditions climatiques données, la pression partielle de CO2 demeurerait constante.Alors, la vitesse de disparition de CO2 serait égale au flux des rejets anthropiques. »

    Monsieur Bonnaterre;

    Pour autant que l’on comprenne, à très long terme, à l’échelle géologique, des dizaines ou centaines de millions d’années le taux de CO2 atmosphérique décroît tout à fait naturellement mais très très lentement. C’est l’équivalent de cet epsilon de décroissance qu’on pourrait rejeter sans que le taux augmente. Mais c’est rien du tout et ne permettrait ni de près ni de loin de maintenir une civilisation de 7 milliards d’individus. De toute façon, une fois les fossiles épuisés, il faudra bien si l’on veut continuer à utiliser des hydrocarbures ( et on ne voit pas d’alternatives crédibles pour les transports par exemple comme l’aviation) boucler la boucle du cycle de carbone directement nous-mêmes en re-synthétisant des hydrocarbures à partir de CO2 et H20 comme les plantes le font sans cesse pour faire leurs hydrates de carbone.

  11. Raymond Bonnaterre avril 15, 2017 à 4:21

    Alpha, quelques remarques qui m’empêchent d’adhérer sans réserve à vos convictions:
    - nous venons d’une aire glaciaire durant laquelle les teneurs en CO2 atmosphériques étaient très faibles, la Terre est actuellement en phase de réchauffement, elle devrait donc naturellement relarguer du CO2. Dans les faits elle en absorbe encore (la fameuse moitié des rejets anthropiques).
    - cela signifie que la seule dissolution du CO2 dans les eaux océaniques n’est pas, en moyenne et à elle seule, suffisante pour expliquer la totalité des faits observés.
    - de toute évidence les cycles saisonniers naturels et le « verdissement » des terres sont impliqués dans le cycle du carbone.
    - entre la fin de l’hiver et la fin de l’été dans l’hémisphère Nord la teneur en CO2 atmosphérique dégringole de plus de 6 ppmv (quelques dizaines de milliards de tonnes), avec une légère tendance actuelle à l’amplification du phénomène.
    -l’Homme prélève sa part de bois sur la nature et construit avec elle des habitations et divers objets
    -plus généralement, l’en cours de CO2 mobilisé par les êtres vivants et transformé en matières ligneuses et autres hydrates de carbone doit être en croissance. C’est un prélèvement croissant de longue durée sur le stock de CO2.
    Quand aux vielles théories du peak-oil que vous ressortez encore, elles minimisent pour l’instant les énormes stocks de gaz et d’huiles qui se sont accumulés durant des millions d’années dans les sols et qui feront l’appoint indispensable d’énergie à nos descendants.
    Excusez-moi encore de ne pas partager l’ensemble de vos convictions à la mode, mais cela ne m’empêche pas de respecter.celui qui les formule.
    Je crois que l’essentiel repose sur la conviction de l’aspect bénéfique ou maléfique des émissions humaines de CO2. Elles sont liées au développement de nos civilisations.
    Je crois que l’homme, avec son hubris, ne maîtrisera jamais le climat de la Planète. Seuls les Dieux peuvent diriger, avec bienveillance, sa grande complexité…les abondantes et improbables pluies actuelles sur la Californie en sont une illustration..

  12. alphagruis avril 15, 2017 à 7:09

    Personne n’a prétendu que seul l’océan échangeait du CO2 avec l’atmosphère. et j’ai même parlé moi-même plus haut du rôle de la biosphère, du verdissement de la planète et pourquoi çà aussi comme l’océan absorbe une fraction, mais une FRACTION seulement des émissions humaines, forcément, à cause des lois de l’équilibre chimique . Alors vous enfoncez donc une série de portes ouvertes qui n’invalident en rien ce que j’ai raconté.

    Après vous parlez de fluctuations annuelles du CO2 qui sont liées à des fluctuations annuelles de l’activité photosynthétique ou de température sans rapport avec ce dont on discute à savoir la tendance sous jacente d’augmentation du CO2 moyen année après année.
    Il est facile de voir aussi que le réchauffement depuis un siècle ne contribue (par dégazage de l’océan par exemple) à l’augmentation annuelle observée que de façon minime par rapport à celle des émissions humaines. Grossièrement 5 °C à 10 °C de variation entre ères glaciaires et interglaciaires donnent donnent 280 – 180 = 110 ppm de variation du CO2 atmosphérique, soit au plus quelques 10 ppm pour les 0.7 °C de réchauffement depuis le milieu du 19 ème siècle, moins de 10 % de ce qui est observé…
    Pour mieux comprendre le cycle du carbone je vous conseille vraiment de lire le lien que je vous ai déjà donné plus haut. Comme moi l’auteur en question n’est pas un « catastrophiste » et plutôt climatosceptique genre « lukewarmer ».
    Pour mettre les points sur les i: je « crois » à l’effet de serre (mais pas au calcul des modèles avec rétroactions la seule chose qui compte et qui est hors de portée) ET je « crois » aussi au verdissement de la planète, je ne sais pas et je pense que personne ne peut savoir si le CO2 émis sera finalement « bénéfique » ou « néfaste » ou ni l’un ni l’autre, je pense que les fossiles s’épuiseront forcément un jour d’ici un siècle ou deux probablement etc.

    Ceci dit je souscris totalement et sans réserves à votre dernière phrase: PERSONNE, ABSOLUMENT PERSONNE ne peut ni prévoir ou contrôler sérieusement le climat ni limiter drastiquement comme il faudrait soi-disant selon les benêts du GIEC la consommation de fossiles.

  13. Raymond Bonnaterre avril 15, 2017 à 1:22

    Alpha, ie vois que nos différences d’approches sont minimes et je m’en réjouis.

  14. alphagruis avril 15, 2017 à 1:59

    Je m’en réjouis aussi, Monsieur Bonnaterre.

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