Tuesday 28th March 2017,
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Peut-on comparer la carotte photovoltaïque et le navet nucléaire?

Raymond Bonnaterre solaire 4 commentaires
Peut-on comparer la carotte photovoltaïque et le navet nucléaire?

Je suis las de ces faux débats, menés, sans répit, par certains journalistes accusateurs et incompétents , pour nous faire regretter que les investissements dans le photovoltaïque français aient été  sournoisement stoppés, sous les coups des intrigues du lobby nucléaire français, électronucléaire qui aurait dû être submergé par cette nouvelle industrie, rendue si peu onéreuse grâce aux choix commerciaux agressifs chinois. Affirmations qui oublient que l’Espagne pourtant, un temps, à la pointe du photovoltaïque européen a fait de même, devant la facture insupportable de son économie énergétique sponsorisée et que l’Allemagne, malgré ses choix pompeux, fait toujours marcher, avec succès, certaines de ses centrales électronucléaires qui lui fournissent avec la combustion du lignite local, son électricité de base.

Ces comparaisons de l’une et de l’autre des deux technologies n’ont aucun sens économique puisqu’elles ne conduisent pas à la même forme d’énergie. L’une de ces ressources est aléatoire, intermittente, saisonnière même, dans le Nord de l’Europe comme en Allemagne et en France, l’autre produit une ressource électrique de base nécessaire à la stabilité d’un réseau électrique comme celui de l’Ouest Européen interconnecté.

Je voudrais ici aborder, pour oublier un peu l’exemple schématiquement ridicule et peu ensoleillé allemand, parler des générations photovoltaïques françaises dont Enedis publie une courbe représentant la puissance moyenne journalière (l’énergie moyenne quotidienne divisée par 24 heures) du photovoltaïque fournie au réseau (FIG.).

 

Cette courbe montre la saisonnalité des générations, fortes durant la belle saison et faibles en hiver.

Le photovoltaïque en France, tout comme en Allemagne est une ressource énergétique saisonnière. Cela veut dire que pour transformer cette ressource en un élément d’une ressource électrique de base il faut soit comme en Allemagne disposer de larges ressources d’appoint, constituées de centrales à flamme sous-employées non rentables, qui brûlent du lignite local, du charbon importé ou local, du gaz naturel russe ou diverses ressources de biomasse ajoutées à ces combustibles de base.  Le système est techniquement viable parce que ces centrales à flammes fournissent en moyenne 60% de l’énergie électrique produite en Allemagne contre 7% pour le solaire et 14% pour l’éolien. Un excédent de capacités de production de ce pays, loin d’un optimum économique, permet de s’accommoder de l’intermittence aléatoire volontairement introduite dans le système.

J’ai, à main levée, tracé sur ce graphique publié par Enedis, une droite proche de celle de corrélation de cette courbe qui permet de visualiser les excès d’énergie produits durant l’été et qu’il faudrait reporter durant l’hiver pour assurer une croissance régulière des productions avec un mode de stockage d’énergie électrique d’excellent rendement. On peut estimer aujourd’hui qu’un stockage de l’ordre de 960 GWh (200 MW pendant 4800 heures) permettrait au photovoltaïque français de délivrer 24h/24  une puissance moyenne journalière de 400 MW… seulement.

Pour comparer avec pertinence, la carotte photovoltaïque avec le navet nucléaire il faut, d’entrée de jeu, parler des moyens, du rendement et du prix du stockage saisonnier de l’électricité. Dans le bilan économique, le prix, si bas, avancé en étendard, des modules photovoltaïques chinois passera alors au second plan.

 

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4 commentaires

  1. papijo janvier 24, 2017 à 1:20

    Approche intéressante: utiliser une technologie optimale pour nous fournir, pendant les vacances d’été, de la lumière à l’heure de la sieste pour subvenir à tous nos besoins de base …
    Une petite remarque tout de même. J’ai essayé de refaire vos calculs et à mon avis environ 480 GWh suffiraient, c’est à dire si je n’ai pas fait d’erreur 2 fois la centrale de turbinage / pompage de Grandmaison: http://www.hydroweb.fr/hydroweb.php?page=hydro_centrales.php&HWC=1 (l’intégrale d’une demi-sinusoïde = 2 fois l’amplitude).
    Nos amis écolos se feront un plaisir de vous fournir une liste de sites écolo-responsables pour ces 2 centrales, ainsi que pour les 200 ou 300 autres nécessaires pour nous fournir 100% d’électricité photovoltaïque tout au long de l’année

  2. Raymond Bonnaterre janvier 24, 2017 à 2:30

    Je n’en doute pas Papijo, mais il faudra aussi qu’ils précisent la facture à payer par les consommateurs d’électricité. Nous n’en sommes qu’à 400 MW dans cet exemple simple.

  3. BMD février 24, 2017 à 3:59

    Si,vous vous trompez, Papijo: la totalité des STEP françaises a une capacité d’environ 100 GWh et une puissance de 5 GW. Voir annexe 1 de
    http://www.sauvonsleclimat.org/electricite-renouvelable-intermittente-europe/35-fparticles/1966-electricite-renouvelable-intermittente-europe.html

  4. Raymond Bonnaterre février 26, 2017 à 8:14

    Attention, mes amis, à la complexité de l’équation:
    -les centrales de pompage-turbinage sont bien souvent mixtes: elles profitent de l’apport de ressources hydrauliques naturelles locales.
    - elles ne sont activées par le régulateur que si la différence de prix entre heure creuse et pic de demande est rentable et couvre les pertes de rendement énergétique de l’aller et retour (autour des 25%).
    -ce qu’EDF appelle « constante de temps » et qui ressemble à une autonomie de la centrale en charge, varie de quelques heures (Revin, Bissorte, La Coche, Le Cheylas) à quelques dizaines d’heures (Montézic, Grand Maison).
    - il est donc très difficile de parler d’énergie de stockage disponible par ces centrales.
    Elles fonctionnent soit en cycle journalier, soit en cycle hebdomadaire selon leur caractéristiques.
    Elles sont donc, pour l’instant, inappropriées pour un fonctionnement de type saisonnier (cycle annuel) que nécessiterait la régulation de l’énergie photovoltaïque de masse sous nos latitudes. Les modules photovoltaïques « européens du nord » produisent l’été et sont, bien souvent, incapables de générer la moindre puissance en hiver. (C’est ce qui rend inappropriées, sinon stupides, les théories antinucléaires de nos écolos du moment qui voudraient nous plonger, en hiver, dans la nuit médiévale.)
    Les électriciens allemands, largement dotés en modules photovoltaïques, comptent bien peu sur le stockage, mais disposent de larges surcapacités de productions mobilisables (gaz, charbon, lignite) pour suppléer, l’hiver, au manque de puissance photovoltaïque.
    Ceci a d’ailleurs pour effet, en Europe de l’Ouest interconnectée, d’écraser les prix en heure de pointe et de disqualifier les investissements en moyens de pompage turbinage.
    A lire absolument ce papier très sérieux de responsables d’EDF dans le pompage-turbinage
    http://ecolo.org/documents/documents_in_french/STEP-en-France-Ursat-2011.pdf

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