Sunday 20th August 2017,
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Vers une décroissance des capitaux engagés dans l’exploration-production de pétrole dans le monde

Raymond Bonnaterre énergie fossile 4 commentaires
Vers une décroissance des capitaux engagés dans l’exploration-production de pétrole dans le monde

Les principales leçons que l’on peut tirer de la baisse actuelle des cours du pétrole, observée depuis quelques mois, portent, sans nul doute, sur l’ampleur des investissements massifs réalisés dans le secteur pétrolier et gazier depuis plus d’une décennie et sur leur impact économique mondial.
Les réserves de pétrole et autres hydrocarbures dans le monde sont loin d’être épuisées, les dynamiques extractions américaines,  saoudiennes et russes actuelles en attestent.
Ces extractions, pour assurer un flux économiquement satisfaisant,  nécessitent cependant des moyens technologiques de plus en plus sophistiqués et qui donc dépendent de plus en plus des investissements réalisés dans l’exploration et la production de ressources brutes, c’est à dire dans l’amont du processus industriel.

Bien entendu, ceci n’enlève aucune des obligations d’investir également et en parallèle dans l’aval de ces industries pétrolières, domaine qui va des moyens de stockage de ces ressources brutes, à leur acheminement  (navires pétroliers ou de transport de GNL,  oléoducs et autres gazoducs ou transport ferroviaire), ceci  jusqu’aux raffineries puis à la distribution de ces fractions pétrolières valorisées mais aussi aux multiples équipements de pétrochimie qui apportent une part des matières premières indispensables à l’ensemble des industries modernes. Enfin dans le cadre d’une moindre dépendance du monde aux ressources fossiles, il faudrait également prendre en compte les investissements  réalisés dans la production et la mise à disposition de biocarburants et autres carburants de synthèse à partir de gaz, de charbon, de CO2 et de biomasse.

Cet inventaire complexe conduit l’UFIP, à la suite de rapports mondiaux les plus prestigieux, à rappeler, après les rêves éveillés parisiens de la COP 21 ou « du monde tel qu’il devrait être », que les ressources pétrolières et gazières constitueront  la base des ressources énergétiques mondiales à l’horizon 2040.  Je rajouterai, à titre d’inventaire  exhaustif, qu’à cette date, à moins d’un hypothétique, audacieux et révolutionnaire programme électronucléaire chinois à venir, il est probable que les consommations de charbon dans le monde, prévues par l’IEEJ japonais (organe technique du prestigieux MITI) à 9,4 milliards de tonnes par an en 2040, n’auront pas encore amorcé leur phase de décroissance. (l’IEEJ estime ces consommations de charbon  en 2016 autour des 8,2 milliards de tonnes).

Mais revenons aux consommations de pétrole et de produits pétroliers.

L’EIA américaine nous apprend que les consommations annuelles de produits pétroliers et autres biocarburants dans le monde avaient atteint en 2014 les 33,7 milliards de barils.  Avec les ressources dégagées de ces ventes, les industries pétrolières, nous dit l’UFIP, avaient investi dans l’amont  autour des 683 milliards de dollars, ce qui correspond à une dépense de plus de 20 dollars par baril de produits pétroliers commercialisés en sortie de raffineries (TAB.). Ceci représente un triplement des capitaux engagés par baril en une décennie, compatible avec une croissance moyenne de 11% par an.

Bien entendu, avec un pétrole brut à 30 ou 40 dollars le baril, les compagnies pétrolières ne savent plus investir de tels montants par baril dans l’amont et donc tenir ce rythme de croissance.

Les données établies depuis 1985 et publiées par l’IEA (FIG.) montrent que les investissements par baril dans l’amont ne s’élevaient jusqu’en 2004 qu’à quelques dollars. Ce n’est qu’à partir de cette date, où l’on a vu arriver en masse  les consommations chinoises de produits pétroliers,  que se sont accélérés les investissements dans l’amont. Dix ans après, 2014 marque le maximum de ces dépenses qui maintenant ont tendance à décroître et sont revenues vers les 14 dollars par baril en 2016.

et suite actualisée du graphique précédent:

Compte tenu de l’inertie du processus de production  et des mécanismes de fixation des prix, de la poursuite de nouvelles productions de pétrole démarrées il y a quelques mois à partir des investissements réalisés durant les années fastes, compte tenu de l’amplitude des stocks disponibles, il me semble raisonnable de penser qu’il faudra attendre près d’une décennie pour que l’offre de pétrole à la baisse dans le monde s’adapte à une demande en croissance et conduise les prix vers les cent dollars le baril. Ceci nous conduit allègrement vers le milieu des années vingt de ce siècle.

En attendant, les dépenses en investissements dans l’amont devraient poursuivre leur décroissance et rejoindre les 10 dollars par baril maximum (FIG.) qui représentent la tendance longue des années 1985-2005 actualisées à aujourd’hui.

En résumé, la persistance de cours du pétrole déprimés durant les années à venir condamnera les industries pétrolières et gazières mondiales à limiter leurs investissements dans l’amont  autour des dix dollars le baril.

Vous avez le droit d’être en désaccord avec cette projection pessimiste qui jette un froid évident de plusieurs années sur l’avenir des Sociétés parapétrolières et qui apportent leurs services à l’industrie pétrolière amont, mais je ne vois pas comment l’ensemble de ces industries pourra éviter ce remède de cheval nécessaire. Les pétro-dollars ne tombent pas du ciel.

CONSULTER la présentation de l’UFIP sur ce sujet.

Le 12 mars 2016

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4 commentaires

  1. RB mars 22, 2016 à 6:12

    LIRE le papier du 21 Mars de David Wethe sur Bloomberg:
    Drilling Rig Suppliers Say Oil Recovery Will Be Slower Than Expected.
    http://www.bloomberg.com/news/articles/2016-03-21/transocean-ceo-sees-no-chance-to-push-up-rig-prices-until-2019

  2. RB mars 23, 2016 à 4:42

    Neil Atkinson de l’IEA avance que dans les années à venir (2017 et 2018), un investissement annuel minimum de 300 milliards de dollars sera nécessaire pour maintenir les capacités de productions de produits pétroliers au niveau actuel.
    Son discours pessimiste, annonçant une possible pénurie de ressources à venir, est dans son rôle de représentant des pays riches de l’OCDE, contrées consommatrices nettes de produits pétroliers. Mais c’est aujourd’hui la projection la plus probable et la plus raisonnable.
    http://www.bloomberg.com/news/articles/2016-03-23/oil-security-seen-at-risk-by-iea-on-historic-investment-cuts

  3. Thales avril 6, 2016 à 6:04

    Bonjour,

    Merci pour cet article plein de bons sens argumentés avec des données factuelles.

    En attendant la pénurie, le pétrole va continuer à couler à flots pendant encore plusieurs années.
    Sans parler du charbon. Tout ça ne va pas aider à enrayer la baisse des émissions de CO2 malheureusement.
    C’est pour cette raison que j’ai du mal à comprendre un Jancovici qui affirme que l’Europe est en contrainte d’approvisionnement en pétrole depuis des années alors qu’on est mondialement en surproduction. Il affirme également que comme on a moins de pétrole à disposition, on a moins de PIB. Qu’en pensez vous ?
    Bien à vous.

  4. Raymond Bonnaterre avril 6, 2016 à 7:30

    Bonjour Thalès.
    J’ai déjà dénoncé cette supercherie de notre gouailleur polytechnicien, qui mélange, volontairement bien sûr, les causes et les conséquences.
    La disponibilité en pétrole serait la cause des cycles économiques, affirme-t-il. C’est tout de même plus vendeur que d’annoncer simplement que les cycles économiques déterminent, pour une part, les consommations de pétrole.
    Mais il a depuis bien intégré que les émissions mondiales de CO2 étaient déterminées par la croissance économique du monde et que les gesticulations écologiques du moment étaient bien peu efficaces face aux rejets asiatiques.
    Oui la teneur en CO2 de notre atmosphère, bilan des émissions et des absorptions, va poursuivre sa croissance, de façon asymptotique vers les 800 ppm si les émissions anthropiques restent sensiblement constantes durant les décennies à venir.
    Mais cette projection n’a rien d’apocalyptique.
    Voir les liens dans le bandeau défilant du blog.

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